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Le blog du RTMC. Moto-club atypique (Raging Tamaloù Motor Club) basé en Périgord

Transversale Cantillac-Lac Majeur

4 Novembre 2016, 03:58am

Publié par JeaP

L'itinéraire de Paulo pour amener Suzette chez son nouveau propriétaire à Angera, en Italie...

Suzette préparée, en attente du départ le lendemain... Avec comme destination 1300 km plus tard...la rive Lombarde du lac Majeur, via le Limousin, le massif central, les alpes et le début de la plaine du Pô !

J'espère que le récit de ce périple vous donnera envie de "Prendre la route"...

l'avancée vers l'Est depuis Villars, puis le Limousin, le Massif central et l'Ardeche...

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait… SUZETTE !

Et voici après 6 mois entre les main de son préparateur expert à Angera, la superbe  transformation subie par la gentille Suzette pour devenir...... la sulfureuse Miss Suzy !?    Radicale ? vous avez dit Radicale !? En tout cas, de mon point de vue et de celui des amis, une Réussite ! Pour une première... Chapeau Jules !

1er jour : 05/10/2016

17h00 ! il est grand temps...

Départ à de Cantillac plein Est, un petit détour par St. Sulpice d'Excideuil afin de savourer les belles courbes locales... puis Cherveix-Cubas, Hautefort, Ayen, Brive, Tulle par l’ancienne N89, Laguene et enfin, Marcillac. Ouf ! première étape terminée. Non sans m’être arrêté en début de nuit -frigorifié- sur les hauteurs du plateau de Gimel pour me couvrir de toutes les couches que je possédais dans mes bagages, tellement le froid s’immisçait partout !

Arrivé congelé au Chalet de Gourmachou (Lac de Marcillac la Croisille), chez mon pote J-Luc que je remercie du prêt de ce havre de paix où je vais pouvoir reprendre une température d'être vivant "à sang-chaud"... Chauffage en route, soupe, pâtes, fruit et… dodo !

06/10/2016

Réveil sous un ciel mitigé, petit déj avec les restes de pain+thé+noisettes, photos sur la terrasse, nouvel enfilage de tous les habits disponibles car il fait toujours aussi frais (froid ?), puis c’est le départ pour Mauriac, Salers et le Puy-Mary via la Vallée du Falgoux. Un éboulement obstrue la route principale c’est donc par un heureux détour que j’atteindrais le Col de Néronne, puis le Pas de Peyrolles via le petit village de St. Paul de Salers suivi de la forêt domaniale éponyme par la magique D37 qui longe le ruisseau « La Maronne ». La courte traversée de cette majestueuse forêt est dépaysante à souhait.

De brouillardeux, le ciel est passé à de belles éclaircies et un peu plus chaud. Arrivé au Col, j'en profite pour faire une photo, manger deux crêpes accompagnées d’un café et je repars  vers Murat. La route se poursuit sous un temps alternant nuages et éclaircies -mais toujours frais- par Ruynes en Margeride, Langeac, Loudes, le Puy en Velay sur la D15 direction St. Agrève et le Cheylard. Superbe route dans une belle vallée encaissée. Il commence à être tard je me mets en quête d'un hébergement et trouve une chambre d’hôtes le long de la voie verte qui m’amène à un endroit subliment isolé au fond de la vallée :

La Bergerie de l’Aulagner (St. Julien LABROUSSE 0651471186, couple très accueillant + Piscine et garage pour la moto. Très bien, à conseiller ) Je passe une excellente soirée chez mes hôtes sympathiques.

Le 07/11/2016, malgré le très bon et très copieux dîner, réveil après une nuit calme et reposante. Enorme petit déjeuner sous un superbe soleil et avec -entre autres- un succulent gâteau maison. (j’en emporte deux  bouts pour la route…) Je quitte la bergerie par la Voie-verte, superbe sous ce beau soleil et prends la direction d'Olières à gauche sur la D120, je m'y arrête pour la pause Céfé/clope et rencontre deux cyclotouristes. Motards aussi, ils entament  la discussion sur le voyage en deux-roues, motorisé ou non. Habitués des longs périples, l'un d'entre eux a beaucoup bourlingué et rentre d'une traversée Nord-Sud des... Deux Amériques !? Je suis petit avec ma transversale France-Italie !...

Reprise de la route vers Beauchastel, La Voulte/Rhône, traversée du Rhône, Crest, Mirabel suivi de Mirabel le vieux.

 

Magnifique village abandonné sur une colline surmontée des ruines d’un vieux château.

Arrêt casse-croûte/photos sur ce beau paysage et une belle vue sur les contreforts des alpes avec cette colline de style Romain au premier plan. Superbe.

 

J’arrive peu de temps après à Die où je rencontre un (très) vieux monsieur qui marche péniblement, il est accompagné/soutenu par une charmante accompagnatrice. Après un court et  sympathique échange sur ma présence dans le camp de la RATP où j’avais passé mes vacances d’été en… 1972, ils m’indiquent la petite route pour y accéder. Souvenirs, souvenirs...

 

La D244 qui longe magnifiquement la rivière me mène vite à l'ancien camp. J'y rencontre et discute un quart d'heure avec le nouveau propriétaire que je laisse à la construction d’un bungalow supplémentaire. La route vers l'Est rejoint la D93 vers Gap. Avant un petit col, elle  traverse un superbe et impressionnant chaos de rochers et divers blocs énormes sillonnés par une rivière bleutée et de grands arbres. Magique ! Dommage que la route ne coupe en deux ce site exceptionnel.

Traversée de Gap sans plaisir dans un embouteillage de province bien lourd ! Après Gap, le prochain arrêt sous un soleil qui décline est à Barcelonette, pour une bière savoureuse et un billet d’Euro-million, au cas où ? Il ne donnera rien...

En direction de Vars par le col du même nom, 4 motards norvégiens (c’est pas souvent ça !?...) me doublent à une vitesse supersonique avec leurs BM. Sans bagages, je suppose qu’ils sont posés quelque part et rayonnent autour « légers » pour envoyer du gros ! Ce qu’ils font et bien ! En quatre virages, malgré de bonnes "prises d'angle" (...) je ne les vois plus ! Je doute que même avec Mana je n’ai pu les suivre. Ils étaient de ceux qui roulent vite, très vite sur grande-route, avec courbes envoyées -Large- à plus de 200 ! Alors avec Suzette !?...

 

Superbe Antiquité roulante rencontrée dans la descente du Col de Vars...

Superbe Antiquité roulante rencontrée dans la descente du Col de Vars...

Au fur et à mesure que je gravi le col -bien plus gentiment avec Suzette-  les températures descendent en même temps que le jour.

Un arrêt photos s’impose et la descente vers Guillestre -étape du soir- se déroule bien mais le froid commence à mordre.,

En centre-ville, je trouve un chouette hôtel en avec piscine, bain bouillonnant et Hamam… pour moi tout seul ! Bulle, détente, réchauffement… durant plus d’une heure. Trois couples et un motard Suisse partagent l'hôtel, autant dire qu’on n’est pas serrés ! Petit dîner en ville cool juste à côté et dodo réparateur.

Réveil le 08/10 par un temps magnifique. Une lumière très vive et un temps cristallin m’accueillent pour la journée de franchissement des derniers cols français et le passage en Italie. Le hameau de « Bas-Gaudissard » où mes parents et moi venions dans les années 70 n’est pas loin, je décide de voir si les souvenirs reviennent…

En fait, seule l’étable située à gauche à l’entrée du lieu-dit -et transformée en maison d’habitation- me rappelle quelque chose. Je me souviens bien à notre arrivée, pour finir de trouver notre gîte, mon père y était entré à l’heure de la traite et avait mis 15 minutes à en sortir… Et pour cause, en grande discussion avec les occupants ! Il faut dire que le patois y est identique au notre !? Incroyablement plus proche que celui de Bergerac par exemple !? Je constaterai plus tard dans le périple que le Piémontais est quasi similaire. Curieuse répartition des idiomes quand-même dans cette partie de la vieille Europe ?!...

Un papy local me voit errer dans le hameau, je lui explique la raison de ma présence et on entame la conversation. Il me cite le nom de ce voisin dont il se souvient bien, mais surtout de sa « folle idée » -dans ces années là- d’abandonner le travail de la ferme pour créer des hébergements et y accueillir des vacanciers ! Les émules furent nombreux à la suite...

En cours de conversation, je fini par comprendre pourquoi aucun souvenir de lieux ne me revient : les deux maisons où nous vivions avec les autres vacanciers ont été détruites il y a plus de 20 ans !? Il m’explique qu'avec la station de VARS au-dessus, le trafic "explosant" la route a nécessité un gros élargissement. Eh…

Demi-tour et on reprend avec Suzette toute guillerette par ce temps sec et frais, en direction de l‘Est et du minéral col d’Izoard. De superbes gorges et le début de la Vraie montagne augurent de grands moments de moto ! La montée s’effectue sous un ciel bleu immaculé et une lumière fabuleuse mettant en valeur les premières couleurs d’automne très précoce à ces altitudes.

 

 Je m’arrête en cours de route boire un café et admirer le paysage encore un peu vert de pâturages et de forêts à cette altitude. Je sors de sa lecture l'accueillante tenancière du bar. La cinquantaine bien portée et affable, on discute de nos derniers bouquins. Rejoints par un habitué âgé au visage buriné par le soleil montagnard... ils abordent tous les deux l'annulation d’une grande manifestation internationale de parapente due aux mauvaises prévisions météo prévues (encore elles !...) annonçant des vents violents et une couverture nuageuse importante contraignant à l’annulation de la compète !


Les conditions de temps réel démontraient -une fois de plus- la véracité de l’adage selon lequel « A écouter la météo, on passe sa vie au bristro » !....

Arrivent quelques participants déçus et la discussion s'étoffe. J'en profite pour reprendre mon chemin.

Le tracé est Beau. Génial même. Au milieu de ces paysages grandioses, la haute montagne me saute à la figure ! Je me dis qu'en vélo ce doit être une belle partie de pédalage !... la route est déserte, couleurs et lumières, tout est parfait. La moto et moi enchaînons les successions de virages dans une fluidité rêvée.  La vitesse est plus que raisonnable, Suzette se laisse piloter joyeusement du bout des doigts. Je suis aux anges.  Mieux, elle et moi traversons ce cadre dans une communion grisante.

 

Plusieurs arrêts sont nécessaires pour prendre quelques photos et m'imprégner de cette merveilleuse montagne.

Les couleurs d'automne s'installent vraiment. Verts, jaunes, oranges ocres et rouges s'harmonisent avec les bruns/gris des reliefs minéraux et le bleu du ciel immaculé qui domine cet idyllique tableau...

La dernière partie d’ascension s’effectue dans une minéralité presque "Sépia" mise en valeur par la lumière vive et transparente. Savourer ces moments dans ces lieux et ces conditions se révèle pleinement jouissif.

Oubliés les affres que la vie met sur notre route. Ici, à ce moment, tout allait bien ! Génial d’être vivant et pouvoir profiter de tout ça !

Lors d’un énième arrêt photo, quelques motos italiennes descendent le col et m’adressent l'international salut motard… Juchés sur des Ultra-sportives ils n’amusent pas le terrain le nez au vent comme moi, pas le genre… et profitent plutôt des courbes pour poser le genou en limant pneus et sliders…

Ce que j’avais déjà remarqué la veille se révèle de nouveau avec l’altitude. Le petit mono manque d’air et donc, de puissance ! Je rame un peu... Déjà que Suzette n’en n’a vraiment pas plus qu’il ne faut (et même un peu moins…) le manque d’oxygène ne favorise pas la bonne marche du petit moteur et je monte, oui, je monte... mais lentement car la Miss s’époumone pour finir d’arriver au fameux col d’Izoard.

 

Col d’ailleurs totalement dénué de toute végétation et pour tout visiteur, il n’y a qu’une autre moto et moi, avec Suzette !

Prenant le temps une nouvelle fois d’immortaliser l’instant, j’en profite pour apprécier en silence la quiétude de cette douce et superbe « Hors-saison » en remplissant mes yeux des panoramas Est et Ouest. J’entame la découverte l’autre versant bien plus boisé.

Epicéas et mélèzes occupent la place dans un désordre et des couleurs magnifiques rappelant certaines photos des « Rocheuses » aux Z’tatzunis……

Mais on s’en fou, Ici c’est pas l'Amérique, mais c'est sublimement beau, à portée de moto et… Chez-Nous ! Plus pour longtemps d’ailleurs, les sommets Italiens étant très proches à vol d’oiseau…

La descente vers Briançon est magique. La route serpente -c’est un euphémisme- entre le relief minéral chaotique et la forêt. De nombreux vélos gravissent la montagne par ce côté, si certains ont l’air d’apprécier leur ascension, d’autres semblent regretter !? Le manque d’entraînement sans doute...

En tout cas, les Alpes sont réellement troublantes de majesté et de beauté. Je savoure.

A Briançon, je m’arrête deux fois dans différents magasins de sport à la recherche d’un « compas » de navigation. L’instrument indispensable pour naviguer à la carte en vérifiant qu’on est sur le bon cap et… qu’on y reste !? Je n’avais qu’une malheureuse boussole au fonctionnement aléatoire fixée au guidon. L’aiguille troublée aussi bien par les trépidations du petit mono que par les interférences magnétiques et la masse métallique de Suzette. Je ne trouverais mon bonheur qu’une fois en Italie avec Jules dans… un magasin de Chinois (?) ou on trouve de tout 7J/7 et presque 24h/24… Trop tard en tout cas pour ce voyage.

Après des petits intermèdes, je me dirige vers un autre endroit « souvenirs » où je tiens à passer, la station de Mongenèvre. Nous y étions en 1974 avec mon cousin, sa mère, ma maman et moi… Je me

souviens de cet excellent séjour de février où nous avons skié comme des fous et où une dénommée Christine V. avait constitué un de mes premiers grands émois amoureux… Important ça !?...

Avant de repartir, je me fends d’une petite photo du Chalet retrouvé au milieu d’une station grandement modifiée et étendue par rapport  à mes souvenirs. Faut dire… 40 ans ! Ça laisse le temps aux choses et aux projets d’avancer. Par chance, le village s’est harmonieusement développé et n’est heureusement  constitué que de chalets à taille humaine et de style Alpin authentique vraiment plaisant. Une chance, comparée à certaines stations défigurées… Je prévois d’y revenir un hiver, c’est trop mignon…

Franchissement du col et de la frontière Italienne. Personne. Europe oblige...

Je prends la direction de Sestrières afin d’éviter le grand axe vers Turin. La descente est belle jusqu’à Pinerolo. Sur la route je rattrape un troupeau de vaches en transhumance.

Plus de vingt minutes seront nécessaires à remonter et dépasser cet immense obstacle, Mouvant, Bousant, Hésitant et Sonnant de toutes ses cloches. Certaines, suspendues par d’énormes colliers colorés sont magnifiquement peintes. Suzette (et mes bottes...) gardera une trace verdâtre collée sur le bas-moteur et le tube de cadre jusqu’à Angera. Son futur nouveau propriétaire se chargera de sa toilette…

Le reste de l’itinéraire, entre l’arrivée sur Torino, son contournement plus ou moins bien réussi ( ?! bien loupé pour être honnête...) et la jonction avec la rive sud-Est du Lac Majeur se déroule tristement. Interminablement triste !

Tout au long de cette plaine monochrome et morne, sale et poussiéreuse. Les villages de Cressentino, Vercelli, Novarra, Oleggio et Borgo-Ticino se succèdent au milieu des rizières sans fin et champs de maïs déprimants. La pâle lumière de fin d’après-midi, voilée par un brouillard gris fini de relever la tristesse des lieux. C’est moche ! D’une monotonie profonde et… surtout, j’ai mal au cul !

L’arrivée à Sesto-Calende est totalement encombrée ! Je mets  20 minutes pour traverser la petite ville à moto !? Je n’ose imaginer en voiture… Les automobilistes pris quotidiennement dans ce cloaque sont vraiment à plaindre !...

En quelques kilomètres la jonction vers Angera me remet rapidement du baume au cœur grâce au retour attendu de la fluidité du trafic, de la verdure, du relief, des couleurs, de l'arrivée sur le Lac Majeur et… surtout, la proximité du fiston !

Arrivée à 18h30 au 4 de la Via Matteotti. Ravi de retrouver mon « Gouyat » qui m‘attend sur son balcon. Je dépose moto et bagages dans le grand garage, comblé (et fourbu !) par cette somptueuse « Transversale Cantillac/Angera ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Déroulée dans de vraiment très très chouettes conditions, au rythme serein du petit mono de Suzette qui n’a pas démérité durant ces 1300 Km, ce fut une sacrée belle tranche de vie motarde, au cours de laquelle un adage commun m'est régulièrement revenu intérieurement : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse».

Et c'est tellement vrai...